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Le fait religieux

L'annonce d'une mission de réflexion confiée à Régis Debray sur " l'enseignement du fait religieux à l'école " a suscité, dans le rang des laïques , de nombreuses interrogations. Le concept même du fait religieux nécessitait d'être explicité, ainsi que les propos du rapporteur déclarant dans l'un de ses ouvrages récents : " la République, à bon droit, ne reconnaît aucun culte, doit-elle pour autant refuser d'en connaître ? " La lecture objective du rapport ainsi que l'écoute attentive du ministre, lors de la conférence de presse du 14 mars dernier, ont apporté quelques réponses. Le titre a été recadré, pour devenir " Enseignement du fait religieux dans l'école laïque " et pas seulement " dans l'école ", comme annoncé dans la lettre de mission initiale. L'objectif a été précisé, " pour une approche raisonnée des religions comme faits de civilisation ", en faisant appel à " l'intelligence réflexive et critique ". L'hypothèse d'une discipline à part a été clairement écartée, en rappelant que la charge de cet enseignement de l'histoire des religions incombait aux personnels existants, professeurs de lettres, de langues, d'histoire et géographie, de philosophie, ou d'enseignement artistique. La décision de créer un moule obligatoire intitulé " Philosophie de la laïcité et histoire des religions " en formation initiale, et diverses mesures pour la formation continue ont été annoncées afin d'aider les maîtres dans leur pratique pédagogique. Régis Debray s'est attaché à lever un premier quiproquo : " L'enseignement du fait religieux n'est pas l'enseignement religieux ". Il pense aussi " qu'une laïcité qui esquive s'ampute " et s'interroge : " Comment comprendre le 11 septembre 2001 sans remonter au Wahhabisme, aux diverses filiations coraniques et aux avatars du monothéisme ? " Il prône " une Ecole publique qui se montrerait non pas un petit peu moins mais encore plus laïque… en s'adossant d'entrée de jeu sur un ordre de valeurs clairement assumées ", et fait le pari que cette " laïcité d'intelligence " permettrait de " desserrer l'étau identitaire… et contribuerait à désamorcer les divers intégrismes ". Au moment de la parution de ce rapport, nous nous interrogions déjà sur la mise en œuvre des principes énoncés, en fonction du calendrier électoral. Il est fort vraisemblable que ce document subisse le sort de nombreux autres rapports et qu'il tombe aux oubliettes, avec un nouveau ministre, quel qu'il soit. Reste un texte brillant, qui ne manque ni de conviction, ni de lyrisme, écrit dans un style propre à son auteur, à verser comme un élément de réflexion, dans un débat qui reste toujours à engager et à développer sur les enjeux de la laïcité d'aujourd'hui.